Langues et Mediation interculturelle 02 99 26 16 82

Langophonies

Une association qui a pour but de mettre en valeur la richesse linguistique et culturelle à Rennes.

 

Qui sommes-nous
Suite aux nouvelles mesures sanitaires, les bureaux de Langophonies sont fermés du 6 au 25 avril. Seuls les cours de français continuent aux horaires habituels pour les personnes déjà inscrites. À très bientôt !

Actualités : Communiqué contre la loi “séparatisme”

et pour la Marche du 20 mars 2021 à Rennes

Ce que séparatisme veut dire

     Nous sommes Langophonies, une association de la loi de 1901 agissant sur le territoire rennais. Notre volonté est d’œuvrer dans le champ de la médiation interculturelle par le biais des langues. Nous sommes convaincu·es qu’il est aujourd’hui nécessaire et important de donner une place légitime à toutes les langues et toutes les cultures présentes dans la société française. Que ce soit à Rennes, en France, ou dans le monde entier, il n’existe pas une culture, mais des cultures. C’est dans le cadre des actions que nous menons quotidiennement dans le quartier du Blosne à Rennes, du lien avec notre public et de nos formations de sociolinguistes que nous proposons ce texte.

L’association Langophonies soutient le mouvement de lutte contre la loi dite « séparatisme » qui appelle à des rassemblements dans plusieurs villes en France le 21 mars prochain,  signe la pétition « Loi séparatisme » : les libertés associatives en danger !1 et répond également présente à l’appel de la Marche contre les violences d’état et le racisme le samedi 20 mars prochain à Rennes2. Bien qu’également nommée « loi confortant le respect des principes de la République », cette loi entre au contraire en contradiction avec ces mêmes principes. Si cela a déjà pu être mis en lumière, il nous semble important de le redire avec force. Notre but à travers ce texte est de continuer à venir nourrir le débat public, en particulier en tant qu’acteur·rice de terrain, agissant et travaillant quotidiennement avec les personnes visées par cette loi, de nationalités étrangères mais aussi française. Nous contestons l’emploi du mot séparatisme. Ce terme est associé à l’obsession d’une menace islamiste qui se généralise à force d’être portée à l’agenda médiatique par les pouvoirs politiques en France. Nous proposons ici de revenir sur ce que « séparatisme » veut dire, sur ce que cela veut dire de l’utiliser aujourd’hui pour parler de l’islam, et sur l’urgence de protéger l’intégrité physique et morale de nos concitoyen·nes de confession musulmane, ainsi que la liberté de conscience en général.


Définition du terme « séparatisme »
Le terme « séparatisme », qui appartient au champ discursif des organisations des États et des nations, vient définir des processus d’unification et de désunification des territoires. 
Ce terme traduit ainsi habituellement la vision que se fait le pouvoir central d’envies d’indépendance de la part de territoires. Nous pouvons citer à titre d’exemple dans l’histoire récente la Catalogne et le Pays Basque pour l’Espagne, l’Irlande du Nord pour la Grande-Bretagne, la Corse pour la France. Pourquoi utiliser ce terme aujourd’hui ? Nous y lisons un discours implicite de la part du gouvernent qui cherche à raviver encore une fois la fibre identitaire en nous faisant croire à l’existence d’une unité nationale, unité qui serait menacée aujourd’hui par l’Islam. Malheureusement, la construction politique de la nation française autour de l’idée d’une République une et indivisible s’est trop souvent accompagnée d’un rejet de l’altérité, jugée menaçante pour cette unité et risquant de la disloquer : rejet des parlers régionaux, désignations d’ennemis de l’intérieur, stigmatisation des étrangers et des musulman·es.

Séparatisme islamiste
Avec « séparatisme », ce qui s’ajoute explicitement aux termes habituellement employés pour stigmatiser les musulman·es de France, c’est la dimension territoriale clairement affichée. Ce terme de « séparatisme » est désormais employé en lieu et place de « communautarisme » par le gouvernement. Le communautarisme visait déjà explicitement les personnes musulmanes
et/ou étrangères en France. Or, s’il était régulièrement associé à des espaces urbains spécifiques, la dimension territoriale n’apparaissait pas explicitement dans ce mot. Ce qu’il visait en premier, c’était les regroupements de personnes identifiées comme étrangères, incapables de répondre aux injonctions de l’intégration individuelle et menaçantes pour l’unité de la République. Avec séparatisme, c’est bien une dimension territoriale qui est ajoutée. L’idée est, en effet, de caractériser des espaces urbains séparés du reste du territoire. Cela n’est pas anodin puisque ce territoire se doit d’être « uni et indivisible » afin de garantir l’unité de la République. Or, derrière cette stigmatisation par l’espace, et sous couvert de celle-ci, c’est bien toujours un processus d’exclusion de l’intérieur qui se met en place. Le terme de « séparatisme » permet juste ici de territorialiser la prétendue menace islamiste et de la circonscrire à des espaces spécifiques. Ce processus vient alors d’autant plus renforcer l’assignation de certain·es habitant·es de ces espaces à des caractéristiques dépréciatives et discriminatoires qui les mettent à distance socialement du reste de la société. La dimension spatiale sert ici de signalétique, c’est-à-dire de repères pour s’orienter dans l’espace urbain, mais aussi dans la société (espace social) en catégorisant, évaluant et hiérarchisant certains espaces urbains, et métonymiquement leurs habitant·es3 . L’espace permet ainsi ici de transmuer des problèmes propres à un certain type de société (les tensions socio-idenditaires à l’œuvre en France) en problèmes dus à un certain type d’espace. L’utilisation de cette manipulation discursive pour banaliser des idéologies nationalistes et excluantes nous paraît très grave. En présentant la France comme un espace à protéger de ses ennemi.e.s de l’intérieur, ces glissements sémantiques mobilisent des implicites racistes très forts, et participent à créer le climat de violence qu’ils prétendent combattre. Ces réflexions devraient nous rappeler avec urgence les heures sombres de l’histoire de notre pays et entraîner des réactions à la hauteur des enjeux.

La violence que cette xénophobie produit, nous en avons les échos chaque jour à Langophonies. Nombre d’hommes et de femmes musulman·es participant à nos activités nous témoignent être victimes d’insultes, d’agressions et de discriminations par le fait d’être musulman·es. En opposition à des discours de stigmatisation, nous sommes également témoins d’initiatives éducatives et citoyennes de qualité, qui se heurtent malheureusement à la méfiance et au discrédit. Pour exemple, des femmes dispensant des cours d’arabe se voient accusées de former des « petits terroristes » quand elles viennent présenter leur projet de soutien scolaire dans une structure de notre quartier, qui en a pourtant besoin. Parallèlement, les preuves d’intégration réclamées aux personnes étrangères sont toujours plus exigeantes, notamment pour ce qui concerne la maitrise du français à l’oral et à l’écrit, et l’insertion professionnelle. N’oublions pas que parmi ces personnes, certaines sont en France après avoir connu des persécutions et des maltraitances dans plusieurs pays, et ne sont pas préparées pour un tel parcours. Beaucoup d’autres sont remarquables par leur engagement et implication, comme nous le voyons au sein même de Langophonies, mais aussi dans d’autres associations et structures (association Dida, Secours populaire, associations culturelles et sportives, épicerie solidaire, actions éducatives, etc…). Malheureusement, cette mise en capacité d’agir et de résilience est en grande partie entravée par la crise sanitaire actuelle, avec des répercussions importantes pour les personnes concernées.

A travers cette contribution, nous espérons avoir participé à expliciter les termes utilisés dans cette loi qui ne vise pas tant à lutter contre des actes terroristes, mais plutôt à menacer l’intégrité physique et psychologique d’une partie de la population de France déjà fragilisée et stigmatisée. Si nous estimons qu’en effet, la défense des libertés associatives est centrale dans cette mobilisation, nous tenions à souligner notre soutien à nos concitoyen·nes musulman·es, qui ne devrait en aucun cas être secondaire. Les associations visées par des dissolutions depuis septembre dernier sont majoritairement les associations cultuelles musulmanes, les associations de défense des droits des citoyen·nes musulman·es, les associations qui luttent pour les droits des personnes exilées et qui agissent dans les quartiers populaires. Nous en sommes indigné·es.

  • 1 https://www.lacoalition.fr/Signez-la-petition-Et-si-la-loi-separatisme-dissimulait-en-realite-une-loi-anti
  • 2 https://www.facebook.com/events/437062007503676
  • 3 Ce ressenti est très fort dans un quartier comme le Blosne, qui est affublé de tous les clichés sur les banlieues urbaines périphériques, dans les médias locaux mais pas seulement, alors qu’il n’est pas situé à l’extérieur du périphérique de Rennes. Ces discours stigmatisants et dévalorisants impactent directement les vies de ses habitant.e.s, pour qui les inégalités de traitement sont banalisées voire justifiées.
Quelques témoignages

« Le projet d’éveil aux langues a permis de valoriser les élèves de l’UP2A (classe accueillant les enfants nouvellement arrivés en France) , valoriser les autres langues parlées dans l’école et faire comprendre aux enfants que l’on peut se lancer dans l’apprentissage des langues sans avoir peur.»

Professeur des écoles sur l’éveil aux langues avec Langophonies

« Les ateliers sont participatifs, ils donnent des coups de pouce pour se poser des questions. Nous avons fait des jeux très dynamiques, qui ont permis à chacun de pouvoir participer à la formation. C’était très intéressant. La formation a été très riche, sans être éprouvante, ludique, dynamique, informel, très conviviale, et les échanges sont faciles. »
Avis formation Plurilinguisme et découverte au Cridev

« En tant que bénévole aux ateliers de français langue étrangère des Champs Libres j’ai participé à la formation de Langophonies. J’avoue que j’ai énormément apprécié cette formation, parce que j’ai notamment mieux compris la notion d’interculturel.»

Témoignage d’une enseignante bénévole de français suite à une formation de Langophonies

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